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Farniente verticale en Mercantour

par sylvain B 13 Avril 2012, 20:04 alpinisme

Weekend Alpi Caf Marseille Provence du 7 au 9 Avril 2012
Cécile, Régis, Yonnel, Cyril, Sylvain et Sébastien H.
Rédacteur : Sylvain
P1040343  
En ce weekend pascal, nous fuyons les grands banquets familiaux, pour une ambiance plus austère et quasi hivernale dans la Vallée de la Vésubie.
Le programme cuisiné par Sébastien est bien salé ; la traversée des Arêtes de Saint Robert, et deux autres courses d'arêtes a priori peu chronophages en guise d' amuse bouche et de digestif.
Nous arrivons sans peine au refuge de la Madone de Fenestre. La route est déneigée, nous avons choisis d'utiliser la voiture comme moyen de progression cela s'avère très efficace et bien moins fatiguant que le "dry-raquette".
Le temps est incertain, des nuages accrochent les sommets, de la neige éparse recouvre les montagnes mais pour l'instant le ciel est bleu. Nous déposons rapidement nos bagages, grignotons un peu puis à 12h30 nous endossons nos sacs bien chargé en matos d'escalade de tout genre.

Samedi,
L'arête de la Fenêtre, du Grand Cayre de la Madone (2532m, 150 m d'escalade, AD, 7 longueurs)
http://www.camptocamp.org/routes/54108/fr/grand-cayre-de-la-madone-arete-de-la-fenetre

Les chamois qui se promènent tranquillement ont parsemé l'itinéraire d'approche d'une multitude de petits oeufs noirs mais nous faisons l'impasse sur cette collecte et nous restons concentré sur notre cheminement à travers les éboulis rocheux. La fine couche de chantilly qui recouvre par endroit la voie de la fenêtre est bien plus attirante.
A l'attaque de la voie nous formons trois cordées pour nous engager dans la voie en corde tendue.
La L1 est facile mais les automatismes peinent à être trouvés. Un constat s'impose ; nous sommes bien trop lents …
Dès la deuxième longueur nous modifions les cordées en vue d'une escalade plus efficace. Les 3 nouvelles cordées progressent simultanément dans la bonne humeur, l'escalade devient plus technique. Le ciel lui se charge et nous distribue gentiment quelques flocons de neige.
S1S2.JPG
P1040309
Nous grimpons dans une très belle ambiance mais avançons toujours trop lentement, les relais posés sont bien trop anarchiques… Sébastien décide de mettre en place un nouveau dispositif, nous progresserons désormais à 3 par corde. Le rythme s'accélère enfin dans L4 et L5.
L6 : nous passons le pas bien gazeux de la fenêtre. Puis escaladons un petit mur bien technique en IV+ mais protégé par 3 spits.
S3.JPG
 L7

L7 est gravi rapidement pour enfin atteindre le sommet du Grand Cayre.
Sans attendre, nous commençons la descente, dans un raide couloir herbeux et rocailleux qui semble vouloir nous engloutir.
Arrivée de nuit au refuge à 20h30, le chrono est explosé. Les autres alpinistes présents ce soir là au refuge sont en train de finir leur repas. A notre grand étonnement, Patrick le gardien nous accueille avec le sourire. Ouf ! nous aurons à manger.
Le débrieffing est nécéssaire. Certes ce n'est peut-être pas une "voie débutant" comme mentionné sur les topos (la descente notamment est très expo) mais il est quand même bien utile de sonner les cloches. La course du lendemain est d'envergure, on est peu tous sceptique sur nos chances, d'autant que les conditions météo risquent d'être peu favorables … mais bon on y est, on y ira …

 
Dimanche,
Cime Saint Robert (2919m) : traversée des Arêtes (AD)
5h30 premiers pas en direction du St Robert sous une splendide lune et sur un doux tapis de neige fraiche.
Nous sommes 4 à avoir entendu le réveil. Cécile et Yonnel qui ont préféré pousser la grasse mat jusqu'à 7h partiront pour le Col de la Fenestre.

D1
Arête de Saint Robert et Sommet du Gélas
 
2 alpinistes partis avec 1/4h d'avance nous font la trace dans une neige parfois profonde.
Nous gravissons, en plein vent, le petit couloir qui mène au "Pas du Saint Robert". Le soleil, qui se lève tranquillement nous permet d'apercevoir au loin la mer. La journée s'annonce magnifique.
Nous nous encordons à l'extrémité de l'Arête, au plus loin du sommet… ça caille…
8h nous nous élançons, Cyril et Sylvain forment la première cordée suivis de très près par Sébastien et Régis.
Nous basculons rapidement du côté Sud de l'Arête à l'Abri du vent, nous nous réchauffons.
L'arête se dresse doucement plâtrée de 3 bon cm de neige fraiche. La progression est lente. La neige bouche fissures, chaque pas est appliqué et les protections posés en grand nombre.
Le cheminement n'est pas très évident, nous suivons par moment le fil de l'arrête ou bien des pentes plus faibles en face sud parsemé de passages herbeux glacés peu accueillants.
Nous sommes quand même, encore une fois, bien aidés par les quelques traces laissé par la cordée qui progresse devant nous.
 D2
L'ambiance est grandiose, l'arrête enneigé est vertigineuse, les sommets environnants majestueux.
Nous progressons en corde tendu espacé d'environ 30 m entre le premier et le second. Le constat est le même que la veille ; ça gaze pas assez ...
Pour rien arranger nous évaluons difficilement notre progression, le topo nous donne peu d'informations, les gendarmes se succèdent sans que nous arrivions réellement à nous repérer.
D3
Une petite dizaine de relais ont été posés quand enfin une belle dalle se dresse devant nous, elle me semble déboucher à un sommet. Confiant je passe la tête de la cordée à Cyril et annonce à tous que le sommet doit être proche. La longueur est belle et nous arrivons au sommet …. d'un gendarme … déception ….
Il est 12h50, nous visualisons enfin la suite de l'arrête. Fatigués, nous mangeons un peu et analysons consciencieusement la suite de l'itinéraire.
Une belle brèche nous coupe l'accès au gendarme suivant, le sommet lui est encore à deux bonnes heures (peut être plus vue notre rythme de progression). A deux longueurs, nous apercevons le premier des 2 alpinistes qui nous précède. Il est engagé dans une pente raide complètement plâtrée en train de déneiger son passage au piolet. 1 seul point est posé sur près de 10 m ça nous apparait franchement très expo…
Sébastien nous consulte …. fatigue, horaire, engagement … le choix est pris … Back to the Ground.
Perchés sur notre Gendarme, il n'y a pour l'instant pas d'échappatoire possible. Nous décidons de rebrousser chemin et désescaladons les trois dernières longueurs gravies.
Enfin, une possibilité de rappel. Nous plaçons un ficellou et un maillon rapide autour d'un becquet et deux rappels successifs nous ramènent au sol.
D'en bas, nous avons une vue globale de l'arête, on est tous du même avis "C'est un truc de malade"….. (la première cordée n'aura pas non plus atteint le sommet..)
La course n'est pas finie mais nous avons passé un sacré bon moment, dans une ambiance magique.

Quelques glissades sur les névés, puis la longue descente jusqu'au refuge.
18h15 arrivée à bon port… on serait bien reparti pour une autre petite course mais Patrick risque de faire la gueule si on est encore à la bourre au repas…
 
 
Lundi
Petit Cayre de la Madone : Arête Sud (180m d'escalade, D, 6 longueurs)
Pour ce dernier jour, le choix d'une course plus courte fait consensus, nous envisageons sereinement de faire une Grande Voie équipée.
Patrick nous indique l'Arête Sud de la Madone "C'est équipé béton", le rééquipement date de 2001, c'est bien protégé, et très beau …
On va pouvoir grimper léger, on prend les chaussons… ça va être à la cool…il va faire beau. Nous formerons, 3 cordées qui progresseront, chacune à leur vitesse…

Départ 8h.
Précautionneusement, nous embarquons tout de même un jeux de câblés et de Friends.
Placés sous l'arrête sud, nous cherchons un moment l'attaque de la voie. Les spits se cachent, nous en repérons 1, il est bien à 10 m.
L1
 
A la fin de la première longueur (1 spit, 1 relais), les 3 cordées se retrouvent au relais. Avec 1 seul jeu de câblés et 1 jeu de friends, nous allons manquer de matos … Décidément ça engage sévère en Vésubie.
Nous décidons alors d'évoluer selon la technique joyeuse de « l'escalade de masse ». Nous grimperons tous ensemble. La première cordée place des protections supplémentaires pour les deux autres, le dernier grimpeur récupère le matos et le redonne à la première cordée une fois arrivé au relais.
L'escalade est très belle tout au long des 6 longueurs, le rocher magnifique, les nuages qui ont décidé de nous accompagner nous bouchent toute visibilité et nous plongent dans une ambiance veloutée.
L2
La voie est finalement peu mais intelligemment équipée. Il y a bien les relais et 1 spit par longueur au niveau du passage clé.
L'arête sud offre quelques passages délicats, les cotations "à l'ancienne" des longueurs IV équivalent bien à des 5 modernes.
En L2, Regis passe tout en blocage une délicate fissure formée par un gros bloc suspendu. Sébastien enchaine la technique et engagée L3 et Yonnel le crux de la voie dans L5 ; un pas très bloc sous une fissure déversée.
L3 
A quelques mètres sous le sommet, après quelques hésitations, nous trouvons un relais sur pitons qui nous permet de rejoindre le couloir de descente.
16h arrivée au Refuge, l'honneur est sauf, nous avons encore explosé le chrono …et bien rigolé …

On aura pas fait d'exploit en Vésubie, mais on a passé de très bons moments. Le cadre est vraiment magnifique et l'accueil de Patrick au refuge a été très sympathique. Les 4 courses étaient vraiment très belles, on ramène de bons souvenirs. Sébastien nous a fait partager ses connaissances en Alpi, c'est sûr que l'on sera plus armés pour les prochaines courses.
Et puis on n'aura pas eu d'indigestion de chocolat.   P1040359

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