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Ailefroide, face Nord.

par Alpinisme Escalade ski randos spé au CAF Marseill 8 Septembre 2013, 19:56 alpinisme

COMMME LE BON VIN …..

A la suite de l’ascension de l’arête rouge face sud des Ecrins, en Juillet 2011, j’écrivais ma lassitude des grands itinéraires de hautes montagnes, mon souhait de ne plus les gravir. Bref, je raccrochais le sac …… promesse d’ivrogne ou de passionné !

Le 22 aout 203, 6h30, je suis à la rimaye de la Devies-Guervasutti face nord ouest de l’Ailefroide Occidentale, avec Luc Gimbert, mon compagnon des grandes voies.

Depuis 6 ans, je rêve de cette voie, après la Couzy-Desmaizon  et le Z à la Meije afin de conclure la trilogie des faces Nord de l’Oisan.

La préparation pour les grandes courses est toujours primordiale : 3 semaines en Corrèze (point culminant : le Mont Bessou 987m), pâtisseries, confits de canard, Cahors râpeux et puissant, mais aussi quelques rando VTT avec Anne-France mon coach ……  quelques séries de tractions vite interrompues (j’ai mal au coude).

Parfaitement préparé ( ! ), nous  voilà partis le 21 aout du Pré de Madame Carles afin d’aller bivouaquer 1300m plus haut au col de Coste Rouge. Les sacs sont lourds : matériel de bivouac, vivres, réchaud, piolets , crampons (mixte probable dans le haut de la face) , vêtements chauds (c’est une face nord), baudrier, cordes, une dizaine de friends, coinceurs à câble, 3 clous au cas où, etc………….

Arrivés vers 19h au pied du couloir du Col de Coste Rouge, celui-ci se révèle sans neige, d’aspect peu engageant voire dangereux…  Nous décidons donc de passer le Col de la Temple voisin (3324m), afin de rejoindre par une traversée sous le Pic de la Temple, un bivouac proche de l’attaque de la voie.DSCN2677

Luc au col de la Temple, en arrière-plan, la face Nord de l’Ailefroide avec la partie superieure de l’itinéraire.

Grosse erreur : après plus de 2h de traversée éprouvante dans des pentes d’éboulis et de cailloutis (l’Oisan ayant un savoir-faire reconnu dans ce domaine), nous arrivons afin vers 22h à un médiocre bivouac.

Il fait nuit.

Nous sommes fatigués, je doute de nos chances de succès. Après une nuit moyenne, nous sommes à 6h30 à la rimaye de la Devies-Guervasutti, face nord de l’Ailefroide, à 3000m d’altitude. (Rimaye : crevasse séparant le glacier d’une paroi rocheuse).

Le Labande définit ainsi cette voie : « très grande course rocheuse ED-, avec de nombreux passages de 5 et 5+ et un de 6. Alternances de dalles et de fissures-cheminées, souvent exposées . 13 heures, engagement grade 5 ». Pas de parcours connu pour 2013

Luc descend dans la rimaye, empoigne un bloc de rocher pour prendre pied sur la paroi. Celui-ci se détache, Luc tombe, des étincelles éclatent dans la pénombre, crées par le frottements des crampons sur le rocher. Il pousse un cri. Il se plaint d’une douleur thoracique, probablement une cote contusionnée. Il en faut plus pour le décourager, il se rétablit sur une vire et me fait venir.

DSCN2682

Luc à la rimaye

Nous nous équipons, échangeons nos grosses chaussures contre des chaussons d’escalade, sortons les friends, dégaines et anneaux.

Au dessus de nous, 1000m de parois et une longue, une très longue journée.

La voie se décompose ainsi :

 Une rampe

Un grand pilier

Les dalles grises

La vire en arc de cercle

La cheminée de sortie.

DSCN2683

Plus que 900m….

Nous avalons rapidement la rampe à corde tendue, partie la plus facile de l’itinéraire.

Luc gravit les 2 premières longueurs difficiles du pilier, puis je prends la tête. Il n’est pas en grande forme car il souffre de la cage thoracique. Alternances de dièdres, arêtes, murs plus ou moins raides. Nous atteignons le sommet du Pilier vers 12h en avance sur le temps indiqué par le topo.

Devant nous se dresse la redoutable barrière de dalles grises, très exposée aux chutes de pierres. Je continue en tête, l’escalade n’est pas véritablement difficile (du 5), mais l’itinéraire est difficile à trouver, ça passe partout.

DSCN2689

                      Dalles grises

Il faut pourtant trouver les relais, ou tout au moins une fissure acceptant les coinceurs. Nous mettons 2h pourfranchir ces dalles, c’est long.DSCN2693

                                                            Dalles grises

Il est 14h, les nuages ont envahi la face, il fait froid, les sacs sont lourds, nous faisons une pose sur la vire en arc de cercle. Pain, fromage, eau, pâte de fruits. Nous devons remettre les grosses chaussures et les crampons, pour progresser sur cette vire encombrée de neige et de glace. L’ambiance est austère, le temps est long, la progression plutot lente.

 

 DSCN2694

Vire en arc-de cercle

Je prends conscience de l’ampleur de cette face. Je commence à envisager un bivouac ds la descente, peut-être au sommet. L’image d’une arrivée ce soir au refuge s’éloigne.

Cette fois, nous ne ferons pas un bon horaire, contrairement à notre habitude….

J’ai une crampe persistante au  bras gauche, rendant l’escalade difficile. Luc reprend donc la tête sans enthousiasme. Là, il enchaine 3 longueurs.

Les nuages se déchirent, le soleil apparait qq trop courtes minutes. Petite hésitation pour repérer la cheminée terminale, puis Luc repart en grosses chaussures ds des passages raides et peu commodes, le fond de la cheminée étant tapissé de glace. Il fait merveille ds ce genre de terrain ; 2 grandes longueurs  ainsi, Luc traverse sur une dalle déversée pour éviter un énorme surplomb, mains glacées à cause du ruissellement venu du sommet. Relais.DSCN2697

                          Cheminée terminale et surplomb à éviter par la gauche.

 

La nuit arrive, il reste une dernière longueur à peine  mentionnée ds le topo ; pourtant celle-ci est raide, athlétique et engagée. C’est sorti, il est 21 h, on bascule sur la crète de l’Ailefroide.

Gagné !!!!!

J’avais souvent révé de ce moment, imaginant une arrivée au soleil couchant( comme ds les livres), heureux et fière de cette ascension.

Il n’en est rien, il fait nuit, il n’y a pas d’emplacement de bivouac, ns sommes épuisés, assoiffés ; c’est sorti limite, le bivouac ds la face n’était pas loin. Pas de terrasse confortable pour s’étendre, juste qq petites vires encombrées de pierres de taille variable, mais rien de confortable. Une minuscule plaque de neige pour faire de l’eau, le réchaud ronronne, on déblaie un coin pour s’étendre à moitié.DSCN2699

Le diner !

La soupe rechauffe et apaise la soif, puis saucisson, fromage, pain.

Bien sûr, on attache le sac, le matelas, les chaussures et on reste encordé : pas question de dormir sans sécurité ds cet environnement instable et raide. Luc écrit un SMS à Danielle, est-il parti…et arrivé ?

Pleine lune sur une mer de nuage, au loin les lueurs d’une ville, probablement Guillestre. Nuit sereine toutefois, pas trop froide à 4000m, la couverture de survie crépite sous les qq rafales de vent.DSCN2700

Au petit matin.

Le lendemain, départ vers 7h30 sous le soleil, traversé d’arêtes vers l’Aliefroide  centrale, hésitation, brèche de Coste Rouge, désescalade, 4 rappels et enfin le glacier.

DSCN2703

Bibi après une bonne nuit.

Suivent le traversée et la remontée vers le sommet de l’Ailefoide Orientale. Puis une longue descente, nèvés, barres rocheuses, éboulis, cailloutis, mais la pression baisse, c’est cool.

Au refuge du Sélé vers 13h, j’appelle Anne-France pour la rassurer ; le gardien n’est pas vraiment sympa, ns mangeons et terminons  la descente vers le village d’Ailefroide en 2 heures.

C’est fini.

Je suis  heureux d’avoir surmonté les difficultés de cette voie et à la fois triste de refermer définitivement une page importante de ma vie, l’Alpinsime.

Bon, j’adore tjs l’escalade, les projets de belle grimpe foisonnent, je vais vite terminer ce texte pour aller faire qq tractions sur ma poutre.

Jean Maugein.

PS : les années qui passent bonifient le bon vin, comme Luc et moi : nos âges cumulés s’élèvent à 114 ans !

PS bis : j’ai mis une semaine à récupérer….

 

 

 

 

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